Travailler pour survivre

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Travailler pour survivre

Message par Alistair le Ven 4 Juil - 6:20

Pendant les premiers jours hors de ma forêt natale, alors que ma bourse s’allégeait à trop vive allure selon mes goûts, l’idée me vint à l’esprit de vendre ce qu’il me restait de possessions elfiques. Cela allait sans dire que mon armure et mes armes pouvaient me rapporter une somme rondelette, en sachant à qui s’adresser, mais je ne souhaitais pas les vendre. Ils étaient une partie de moi. Outre le fait que mon ascendance elfique me poussait à réfuter l’idée de les voir dans des mains humaines, vendre mes équipements ne me permettrait de survivre qu’un temps. Il s’agissait là d’une solution à court terme. Mais, en revanche, ils pourraient devenir des outils afin d’assurer ma subsistance.

Mon premier réflexe a été de m’engager en tant que mercenaire, je n’étais pas mauvais, il faut le dire, mais je ne pu me faire à ces tueries incessantes. A vrai dire, je tins moins d’un mois avant d’être écœuré, la vue, et surtout l’odeur, du sang me retournant le cerveau et l’estomac.

Suite à ma dernière mission, je m’étais retrouvé dans une petite ville de province. Bien que celle-ci disposait d’une milice, les rues étaient loin d’être sures et les riverains se baladaient tous avec une arme à portée de main. Il n’était pas rare de trouver au petit matin un ou deux corps, plus ou moins identifiables, dans une ruelle, dépouillés de leur bourse et objets de valeur.

Mine de rien, je me sentais bien dans cette petite ville, ici, pas de fausse cordialité. Tout le monde e méfie de tout le monde, et à raison, mais au moins on sait à quoi s’en tenir. Ici, personne n’a à craindre qu’un ami lui plante un poignard dans le dos car personne n’a d’amis.
C’est une vision bien sombre de la vie mais une vision vraie, où l’argent lie et délie les contrats.

Je m’y faisais engager sur le marché principal. Chaque jour des marchants donnent quelques pièces à qui les aideras a monter et démonter leur stand. Je ne gagnais pas grand-chose et c’était bien loin de mes compétences ordinaires mais le travail était sûr, pour autant qu’il puisse l’être dans cette ville, et il n’y avait pas de massacre.

C’est un des marchants qui m’employait habituellement qui m’a aussi fourni le renseignement qui m’a permis de bouger. A l’approche de l’hiver, une caravane partait vers le nord, transportant graines et plantations pours les fermes et domaines épars dans la campagne, puis faisait demi-tour dans une ville portuaire pour s’approvisionner en sel et en produits de la mer pour revenir ensuite. Ils n’engageaient normalement plus personne mais si je m’adressais aux bonnes personnes, peut être aurais-je une chance de partir avec eux comme commis.

Dès le lendemain, je retrouvais dans une taverne proche des murs de la ville les maîtres caravaniers en pleine préparation au départ. Aucun d’eux ne fit attention a moi, pris dans leur conversation et me prenant surement pour un client lambda étant donné que ma cape et ma capuche relevée masquaient en grande partie mes traits elfiques.
Je m’assis à une table proche de la leur et observait le petit groupe. Je tenais à savoir à qui j’avais à faire plutôt que de débouler et d’imposer mes conditions.

Ils étaient six, six hommes assez grands, les cheveux bruns et costaux, tous autour de la trentaine d’années, sauf un qui semblait n’en avoir guère plus que vingt-cinq. Ils se ressemblaient tous dans leur façon de parler, de se mouvoir.
Une miche de pain entamée et une motte de beurre trônaient au centre de la table et chacun d’entre eux tenait un bol fumant entre ses mains. Certains d’entre eux prenaient des notes et le plus jeune jouait à lancer son stylet dans les airs de plus en plus haut pour le rattraper au dernier moment. J’eu tôt fait de repérer celui qui dirigeait tout le monde ici, à vrai dire, c’était  celui qui parlait le plus fort. Pour me faire entendre de ces hommes, il me faudrait m’imposer et si possible me faire respecter d’eux.


Je relevais donc ma capuche et m’approchais à pas lourds. Ignorant royalement les sous-fifres je m’adressais au responsable d’une voix forte :
« - Je m’appelle Tylanhnem et je souhaite m’engager comme éclaireur dans votre convoi ! »
Maintient droit, visage affirmé, sérieux. Tout y était. Je remarquais au passage les airs surpris à la vue de mon physique. Rares devaient être les elfes à s’engager dans des convois de ce genre.
Le chef me répondit avec un demi-sourire :
« - Intéressante proposition mais nous avons déjà un éclaireur plus que compétent, je crains que nous ne puissions pas retenir votre candidature. »
A ces mots, le jeunot émit un rire narquois à la limite de l’insultant. Refusant de me laisser décontenancer par ce petit imbécile je me penchai, posa les mains à plat sur la table et repris la parole :
«  - Je serai curieux de rencontrer cet homme aux sens et aux réflexes plus affutés que ceux d’un elfe. »
Je voulu continuer mais le jeunot m’interrompit brusquement :
«  - écoute, mon gars, on t’a dit que … »

Suprêmement agacé par cet individu, mes gestes dépassèrent alors ma pensée. Le temps sembla ralentir et je vis son stylet tournoyer une nouvelle fois dans les airs. Spontanément, ma main se porta sur une de mes lames de lancer et, avant même que je ne le réalise vraiment, celle-ci filait dans les airs. La seconde suivante, ma dague vibrait, profondément plantée dans le mur de la taverne, à quelques centimètres du visage de l’humain. Celui-ci, blanc comme un linge, me regardais fixement. Petit à petit, il sembla reprendre ses esprits et se tourna vers le mur, c’est alors qu’il vit son stylet maintenu en l’air contre la paroi, transpercé de part en part.
Il ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit et plongea son regard dans son bol qui semblait devenu soudain extrêmement intéressant.

Alors que je me retournai vers le chef de la cohorte, il me regardait avec un air que j’interprétai comme de l’amusement teinté d’une légère lueur impressionnée.
«  - J’aime bien ton style, petit. »
Il arracha la dague du mur, la lança en l’air avant de la rattraper par la pointe puis de me la tendre, manche en avant.
«  - Tu as du bon matériel et tu ne semble pas avoir menti en ce qui concerne tes réflexes.
La paye est proportionnelle à l’âge et à l’expérience, autant te prévenir, ne t’attends pas à devenir riche tout de suite, mais tu seras nourri, logé, blanchi et si tu travaille bien tu pourrais même avoir une prime à la fin. »
Farfouillant dans ses papiers, il m’en tendit un intitulé contrat ainsi que son propre stylet.
«  - On a un accord ? »
Malgré le fait qu’il s’agisse de la raison de ma présence, je rechignais encore à me mettre au service de qui que ce soit, mais il fallait que je monte au nord. Je saisi donc le stylet et répondit d’une voix ferme :
« - On a un accord. »

--Fin de la première partie, commentaires autorisés et bienvenus--

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Alistair
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